Il sourit quand on lui parle de passion bicéphale. Mohamed Éric Kahouadji, né à Alger voici 30 ans, est à la fois interne en chirurgie et peintre. La magie de ses oeuvres opère.
« Je peins le soir, pendant mes jours de repos et quand je ne suis pas de garde », confie Mohamed Éric Kahouadji. Le reste du temps, il est interne en chirurgie maxillo-faciale au CHU d'Angers. « J'ai toujours dessiné, beaucoup. Puis j'ai utilisé la bombe, pour faire du graffiti. »
Mais les études de médecine, démarrées à Paris et poursuivies à Angers, mettent provisoirement sa passion en sommeil. Jusqu'au jour où Mohamed effectue un stage en chirurgie plastique dans le service du professeur Vincent Darsonval, peintre et sculpteur amateur. « Il m'a donné beaucoup de conseils et a facilité ma transition de la bombe au pinceau. »
Mohamed peut alors élargir sa palette graphique, nourrie de pop art, de figuration narrative et de BD. Tout en s'appuyant sur les impératifs du graffiti : « Il faut occuper l'espace le plus possible, finaliser le graphisme au maximum, et penser aux couleurs et au sujet avant de commencer : parfois, j'avais très peu de temps, surtout quand j'intervenais dans le RER ! »
Une peinture sociale
Le résultat ? Des peintures dont l'esthétisme est l'outil, pas la finalité. « Je veux enlever la part visuelle des personnes, pour faire ressortir leur affect », définit Mohamed. D'où un net penchant pour la peinture sociale, avec des portraits de femme battue, de soldats gays, etc. Mais l'art n'occupe pas toute sa vie. Il travaille ainsi d'arrache-pied à sa thèse de médecine. Son thème : « De l'influence des Gueules cassées de la Première Guerre mondiale sur la peinture de l'entre-deux-guerres... »
Laurent BEAUVALLET
article Ouest France 29 avril 2009